“Les virus des insectes au service des humains”

Pourquoi le laboratoire est-il spécialisé dans la production de protéines recombinantes en cellules d’insecte ?

Dans les années 1860, la production de soie dans les Cévennes était à son apogée. En effet, la qualité de la soie fabriquée dans les Cévennes était reconnue dans le monde entier et cette activité devint rapidement cruciale pour l'économie locale. Ce succès industriel a entraîné la création de fermes de ver à soie de plus en plus grandes avec le risque de faciliter la survenue d'épidémies dévastatrices. C’est ce qui s’est passé très vite avec l’apparition notamment d’une maladie appelée «pébrine» (Pébrine: taches semblables aux grains de poivre, pèbre : poivre en langue provençale) mettant en péril l’ensemble du secteur de la soie.

En 1865, Jean-Baptiste André Dumas, né à Alès, chimiste, homme politique, puis ministre de l'Agriculture et sénateur, prend contact avec Louis Pasteur, l'un de ses anciens élèves. Ainsi, Pasteur est venu dans les Cévennes où il a vécu à Alès pendant quatre ans. Bien qu'il n'ait pas identifié l'origine des maladies qui détruisaient les fermes de la soie, il a développé et mis en œuvre un certain nombre de techniques permettant d'identifier les animaux infectés et donc de sauver la sériculture dans les Cévennes.

Jean-Baptiste André Dumas

En 1946, l'INRA (Institut National de Recherche Agronomique) ouvre une station de recherche à Alès puis à Saint-Christol-Lez-Alès. Ce laboratoire, associé au CNRS, à l'Université de Montpellier et à ORSTOM (actuellement IRD), a rapidement été reconnu dans le monde entier pour l'identification des insectes pathogènes. C'était l'âge d'or de la microscopie électronique. Ce laboratoire a également été à l'avant-garde de la création des toutes premières lignées de cellules d'insectes.

Dans les années 80, la biologie moléculaire est apparue et les recherches du laboratoire ont été réorientées vers l'étude de quelques virus d'intérêt agricole (virus permettant de contrôler les populations d'insectes nuisibles attaquant des cultures telles que le coton, le maïs, la pomme de terre, ...) ou des virus pouvant avoir des applications en santé humaine. C’est dans ce cadre que depuis les années 90, nous développons des technologies permettant l’utilisation d’un de ces virus (le baculovirus) pour la production de produits biopharmaceutiques et d’anticorps, en particulier pour le traitement humain (cancer, maladies du sang, maladies inflammatoires, maladies virales, …).

Le système Baculovirus / cellules d’insecte

C’est dans les années 1980 que le système baculovirus / cellules d’insectes a été imaginé

(Lois Miller, Université de Géorgie, Athènes, États-Unis).

Le principe était simple, lors de sa réplication, ce virus produit deux protéines en très grande quantité, la polyèdrine et la protéine P10. Les 2 gènes codant pour ces protéines ont un schéma d'expression très tardif et ne sont pas essentiels à la réplication du virus, ces caractéristiques sont à la base de la technologie "historique". Il est donc très facile, avec les outils de biologie moléculaire, de supprimer les séquences codantes de ces gènes et de les remplacer par un ou deux gènes d’intérêt. Dans ces conditions, les deux gènes sont exprimés sous le contrôle des 2 promoteurs forts tardifs.

Aujourd'hui, plusieurs technologies beaucoup plus rapides ont été développées pour la construction de baculovirus mono- ou multi-recombinants.

Aller au haut